Cest dans l'âme que vit la jouissance, comme aussi le désir de la jouissance. Mais, pour la satisfaire, les organes physiques, le palais, etc., sont indispensables. Or, après la mort, l'Âme ne perd pas immédiatement ses désirs, mais elle ne possède plus les organes matériels nécessaires à leur satisfaction.
Celuiqui aime a déjà franchi la mort. Rien ne pourra le séparer de l´amour du Dieu vivant. 1 Si notre faim de ta Parole A nourri nos corps brisés, Devant toi, Seigneur, nous aurons le
Lespersonnes très âgées constituent aujourd’hui une population qui connaît une expansion démographique très importante. Les sujets de cette recherche, nés entre 1910 et 1915, sont des individus fragiles. Cette fragilité n’est pas seulement physiologique, elle est aussi sociale, culturelle et identitaire. Les « objets du cœur » n’ont pas nécessairement de
ZIU6C. Le nazisme s’insinua dans la chair et le sang du grand nombre Ă travers des expressions isolĂ©es, des tournures, des formes syntaxiques qui s’imposaient Ă des millions d’exemplaires et qui furent adoptĂ©es de façon mĂ©canique et inconsciente. On a coutume de prendre ce distique de Schiller, qui parle de la langue cultivĂ©e qui poĂ©tise et pense Ă ta place, dans un sens purement esthĂ©tique et, pour ainsi dire, anodin. Un vers rĂ©ussi, dans une langue cultivĂ©e, ne prouve en rien la force poĂ©tique de celui qui l’a trouvĂ© ; il n’est pas si difficile, dans une langue Ă©minemment cultivĂ©e, de se donner l’air d’un poète et d’un penseur. Mais la langue ne se contente pas de poĂ©tiser et de penser Ă ma place, elle dirige aussi mes sentiments, elle rĂ©git tout mon ĂŞtre moral d’autant plus naturellement que je m’en remets inconsciemment Ă elle. Et qu’arrive-t-il si cette langue cultivĂ©e est constituĂ©e d’élĂ©ments toxiques ou si l’on en a fait le vecteur de substances toxiques ? Les mots peuvent ĂŞtre comme de minuscules doses d’arsenic on les avale sans y prendre garde, elles semblent ne faire aucun effet, et voilĂ qu’après quelque temps l’effet toxique se fait sentir. Si quelqu’un, au lieu d’ hĂ©roĂŻque et vertueux », dit pendant assez longtemps fanatique », il finira par croire vraiment qu’un fanatique est un hĂ©ros vertueux et que, sans fanatisme, on ne peut pas ĂŞtre un hĂ©ros. Les vocables fanatique et fanatisme n’ont pas Ă©tĂ© inventĂ©s par le Troisième Reich, il n’a fait qu’en modifier la valeur et les a employĂ©s plus frĂ©quemment en un jour que d’autres Ă©poques en des annĂ©es. » Victor Klemperer, LTI, La langue du IIIème Reich, 1947, tr. fr Elisabeth Guillot, Albin Michel, p. 38. ______________________________________________________________________ Comment ça va Ă l’usine ? lui demandai-je. – Très bien ! rĂ©pondit-il. Hier, c’était un très grand jour pour nous. Quelques communistes culottĂ©s s’étaient incrustĂ©s Ă Okrilla, alors nous avons organisĂ© une expĂ©dition punitive [Strafexpedition] – Vous avez fait quoi ? – Eh bien, on les a fait passer par les verges, c’est-Ă -dire par nos matraques en caoutchouc, avec un peu de ricin, rien de sanglant mais très efficace tout de mĂŞme, une expĂ©dition punitive, quoi. ExpĂ©dition punitive est le premier mot que j’ai ressenti comme spĂ©cifiquement nazi, c’est le tout premier de ma LTI et le tout dernier que j’ai entendu de la bouche de T. ; je raccrochai sans mĂŞme prendre la peine de refuser son invitation. Tout ce que je pouvais imaginer d’arrogance brutale et de mĂ©pris envers ce qui est Ă©tranger Ă soi se trouvait condensĂ© dans ce mot expĂ©dition punitive ; il avait une rĂ©sonance si coloniale qu’on imaginait un village nègre cernĂ© de toutes parts et qu’on entendait le claquement du fouet en cuir d’hippopotame. Plus tard, mais hĂ©las cela ne dura pas, ce souvenir eut aussi, en dĂ©pit de son amertume, quelque chose de rĂ©confortant pour moi. Un peu de ricin il Ă©tait tellement clair que cette opĂ©ration imitait les pratiques fascistes des Italiens; il me semblait que tout le nazisme n’était rien d’autre qu’une infection italienne. Mais cette consolation disparut devant la vĂ©ritĂ© qui se dĂ©voilait, comme s’estompe une brume matinale ; le pĂ©chĂ© nazi, capital et mortel, Ă©tait allemand et non italien. MĂŞme le souvenir de ce mot nazi ou fasciste qu’était expĂ©dition punitive » se serait certainement envolĂ©, pour moi comme pour des millions d’autres gens, s’il n’avait Ă©tĂ© associĂ© Ă un Ă©vĂ©nement personnel. Car cette expression n’appartient qu’aux dĂ©buts du Troisième Reich, elle a Ă©tĂ© rendue caduque par la simple institution de ce rĂ©gime, comme la flèche est rendue caduque par la bombe. Les expĂ©ditions punitives, semi-privĂ©es et exĂ©cutĂ©es en amateur, furent immĂ©diatement remplacĂ©es par l’action policière, rĂ©gulière et officielle, et le ricin par les camps de concentration. Et, six ans après le commencement du Troisième Reich, le tumulte des expĂ©ditions punitives Ă l’intĂ©rieur de l’Allemagne, devenues actions policières, fut couverte par le vacarme de la guerre mondiale que ses instigateurs avaient Ă©galement conçue comme un genre d’expĂ©dition punitive contre tous les peuples mĂ©prisĂ©s. C’est ainsi que les mots disparaissent. » Victor Klemperer, LTI, La langue du IIIème Reich, 1947, tr. fr Elisabeth Guillot, Albin Michel, p. 71-72. Toute correspondance sur le sujet [l’extermination des Juifs d’Europe] Ă©tait soumise Ă des règles de langage » très strictes el, exception faite pour les rapports de Einsatzgruppen, on trouve rarement, dans les documents des mots crus tels qu’ extermination », liquidation » ou tuerie ». Ă€ leur place, des noms de code Ă©taient prescrits pour tuerie» on devait dire Solution finale », Ă©vacuation» Aussiedling ou traitement spĂ©cial » Sonderbehandlung ; quand il ne s’agissait pas des Juifs qu’on envoyait Ă Theresienstadt, le ghetto des vieillards » pour les juifs privilĂ©giĂ©s – on parlait alors d’un changement de rĂ©sidence » – la dĂ©portation Ă©tait rebaptisĂ©e rĂ©installation » Umsiedlung ou encore travail Ă l’Est » Arbeitsensatz um Osten, dans la mesure oĂą les Juifs ont souvent Ă©tĂ© temporairement rĂ©installĂ©s dans des ghettos tout comme une certaine partie d’ente eux fut temporairement utilisĂ©e pour le travail forcĂ©. Dans certaines circonstances, il s’avĂ©ra nĂ©cessaire d’apporter de lĂ©gères modifications aux règles de langage. C’est ainsi qu’un haut responsable des Affaires Ă©trangères proposa que, dans toute correspondance avec le Vatican, on parle du meurtre des Juifs en termes de solution radicale » ; l’idĂ©e Ă©tait ingĂ©nieuse, car le gouvernement catholique fantoche de Slovaquie, mis en place avec l’appui du Vatican, n’avait pas Ă©tĂ©, aux yeux des nazis, suffisamment radical » dans sa lĂ©gislation antijuive il ait commis l’ erreur fondamentale » de promulguer des lois contre les Juifs et d’en exclure les Juifs baptisĂ©s. Les porteurs de secrets » ne pouvaient donc parler un langage non codĂ© qu’entre eux, et il est peu probable qu’ils l’aient fait pendant qu’ils vaquaient Ă leurs tâches meurÂtrières quotidiennes, ou devant leurs stĂ©nodactylos et autres employĂ©s de bureau. Quelle que fut la raison de ces règles de langage», elles contribuèrent considĂ©rablement au maintien de l’ordre et de l’équilibre mental dans les nombreux services spĂ©cialisĂ©s dans les fonctions les plus diverses dont la coopĂ©ration Ă©tait indispensable en la matière. Mieux encore, l’ex pression règles de langage » Sprachregelung Ă©tait elle-mĂŞme un nom de code ; en langage ordinaire, on appellerait cela un mensonge. En effet, lorsqu’un porteur de secrets » Ă©tait envoyĂ© Ă la rencontre de quelqu’un venant du monde extĂ©rieur, on lui donnait, en mĂŞme temps que les ordres, ses règles de langage » – comme, par exemple, Eichmann, lorsqu’il fit visiter le ghetto de Theresienstadt aux reprĂ©sentants suisses de la Croix-Rouge internationale. Dans ce dernier cas, il s’agissait d’un mensonge Ă propos d’une soi-disant Ă©pidĂ©mie de typhus qui aurait fait rage au camp de concentration de Bergen-Belsen que ces messieurs voulaient aussi visiter. L’effet exact produit par ce système de langage n’était pas d’empĂŞcher les gens de savoir ce qu’ils faisaient, mais de les empĂŞcher de mettre leurs actes en rapport ave une ancienne notion normale » du meurtre et du mensonge. Par sa grande sensibilitĂ© aux expressions toutes faites et aux slogans, ainsi que par son incapacitĂ© Ă s’exprimer en langage ordinaire, Eichmann Ă©tait le sujet idĂ©al pour les règles de langage ». » Hannah Arendt, Eichmann Ă JĂ©rusalem, 1963, tr. fr. Anne GuĂ©rin, Gallimard Quarto, 2002, p. 1100-1101. ________________________________________________________________________ D’oĂą peut venir la sollicitude, envers la langue, de l’autoritĂ© politique, appuyant ou relevant l’interrogation savante ? D’oĂą vient que normaliser la langue, rĂ©former son vocabulaire soient des activitĂ©s politiques et non pas seulement d’innocents jeux d’amoureux des phrases et des mots ? […] Le rĂ©gime soviĂ©tique en est encore un exemple frappant, lui qu’on a pu qualifier de logocratie ». Il convient, en fait, d’analyser un terme linguisÂtiques cette fameuse langue de bois », dĂ©finie ici et lĂ comme un style par lequel on s’assure le contrĂ´le de tout, en masquant le rĂ©el sous les mots. La novlangue d’Orwell dans 1984 visait, mais dans la fiction, Ă extirper toute pensĂ©e non orthodoxe en bannissant les noms mĂŞmes qui pouvaient lui servir de support. Les mots y devenaient leurs propres dĂ©funts. Dans les textes soviĂ©tiques officiels, on constate un emploi larÂgement infĂ©rieur de verbes par rapport aux noms dĂ©rivĂ©s de verbes, type de nomination dont le russe est abondamment pourvu. Le grand nombre des nominalisations pÂermet d’esquiver par le discours l’affrontement du rĂ©el, auquel correspondrait l’emploi de verbes. Ainsi, on peut prĂ©senter comme Ă©vident et rĂ©alisĂ© ce qui n’est ni l’un ni l’autre. Pour prendre un exemple français, quand on passe de mes thèses sont justes ou les peuples luttent contre l’impĂ©rialisme Ă la justesse de mes thèses ou la lutte des peuples contre l’impĂ©rialisme, on passe de l’assertion Ă l’implicite. L’énonceur Ă©lude ainsi la prise en charge, aussi bien que l’objection. Car l’auditeur, s’il peut interÂrompre Ă la fin d’une phrase mes thèses sont justes, le peut beaucoup moins après une portion de phrase inachevĂ©e la justesse de mes thèses. » Claude Hagège, L’Homme de paroles, 1985, Fayard, p. 201-202. _______________________________________________________________________ La parole magico-religieuse est d’abord efficace, mais sa qualitĂ© de puissance religieuse engage d’autres aspects en premier lieu, ce type de parole ne se distingue pas d’une action ou, si l’on veut, il n’y a pas Ă ce niveau de distance entre la parole et l’acte ; en outre, la parole magico-religieuse n’est pas soumise Ă la temporalitĂ© ; enfin, elle est toujours le privilège d’une fonction socio-religieuse. La parole chargĂ©e d’efficacitĂ© n’est pas sĂ©parĂ©e de sa rĂ©alisation ; elle est d’emblĂ©e une rĂ©alitĂ©, une rĂ©alisation, une action. Cet aspect se marque bien dans la substitution de prattein et de praxis au verbe de l’efficacitĂ©, krainein Zeus ekprattei ; on parle de la praxis des oracles ; et les Érinyes[1], exĂ©cutrices des hautes Ĺ“uvres de Justice, sont les Praxitheai, les dĂ©esses de la Justice en marche ». L’usage de prattein est, en effet, rĂ©servĂ© Ă une action naturelle dont l’effet n’est pas un objet extĂ©rieur et Ă©tranger Ă l’acte qui l’a produit, mais cette action mĂŞme dans son accomplissement. Par ailleurs, tout semble se passer ; en dehors de la temporalitĂ© ; il n’y a pas trace Ă ce niveau d’une action ou d’une parole engagĂ©e dans le temps. La parole magico-religieuse se prononce au prĂ©sent ; elle baigne dans un prĂ©sent absolu, sans avant, ni après, un prĂ©sent qui, comme la mĂ©moire, englobe ce qui a Ă©tĂ©, ce qui est, ce qui sera ». Si la parole de cette espèce Ă©chappe Ă la temporalitĂ©, c’est essentiellement parce qu’elle fait corps avec des forces qui sont au-delĂ des forces humaines, des forces qui ne font Ă©tat que d’elles-mĂŞmes et prĂ©tendent Ă un empire absolu. Ă€ aucun moment, la parole du poète ne cherche l’accord des auditeurs, l’assentiment du groupe social ; celle du roi de justice pas davantage elle se dĂ©ploie avec la majestĂ© d’une parole oraculaire ; elle ne vise pas Ă Ă©tablir dans le temps un de ces enchaĂ®nements de mots qui tirent leur force de l’approbation ou de la contestation des autres hommes. Dans la mesure oĂą la parole magico-religieuse transcende le temps des hommes, elle transcende aussi les hommes elle n’est pas la manifestation d’une volontĂ© ou d’une pensĂ©e individuelle, elle n’est pas l’expression d’un agent, d’un moi. La parole magico-religieuse dĂ©borde l’homme de toutes parts elle est l’attribut, le privilège d’une fonction sociale. Toutes les paroles des hommes, qui ont le privilège de VĂ©ritĂ© », se dĂ©finissent par la mĂŞme efficacitĂ©. Mais l’articulation d’Alètheia et du verbe krainein s’atteste particulièrement dans la reprĂ©sentation des Érinyes. Ce sont de vĂ©nĂ©rables dĂ©esses, Ă la mĂ©moire inaltĂ©rable ; jamais l’oubli ne les atteint, car elles sont en quelque sorte antĂ©rieures au temps, elles ont l’âge du Vieux de la Mer. Mais si les Érinyes sont celles qui n’oublient pas mnèmones, elles sont aussi les vĂ©ridiques » et celles qui accomplissent ». On les nomme parfois Praxidikai, Ouvrières de Justice » elles s’identifient Ă la parole de malĂ©diction, celle que prononce Ĺ’dipe dans son aveuglement, celle qui dĂ©truit les maisons. Leur vĂ©ritĂ© » est la malĂ©diction efficace qui dĂ©chaĂ®ne la stĂ©rilitĂ©, anĂ©antit toute forme de vie. La VĂ©ritĂ© » s’institue donc dans le dĂ©ploiement de la parole magico-religieuse, entĂ©e sur la MĂ©moire et articulĂ©e Ă l’Oubli. Mais la configuration d’Alètheia, que dessine l’opposition fondamentale de MĂ©moire et d’Oubli, engage d’autres puissances qui contribuent Ă la dĂ©finir. Telles sont Dikè, Pistis, PeithĂ´. Au mĂŞme titre qu’Alètheia, la Justice est une modalitĂ© de la parole magico-religieuse, car la Dikè rĂ©aliser ». Quand le roi prononce un dit de justice », sa parole a valeur dĂ©cisoire. Dans le domaine de la justice, l’Alètheia est naturellement insĂ©parable de la Dikè, mais, dans le monde poĂ©tique, Dikè n’est pas moins indispensable un Ă©loge se rend avec justice », tel celui que rendit la langue d’Adraste au devin Amphiaraos. Louer le vaillant » s’accorde Ă la justice la plus stricte ; le Vieux de la Mer disait Louez de tout votre cĹ“ur, pour ĂŞtre justes, l’exploit de votre ennemi mĂŞme. » D’une certaine façon, l’éloge est une forme de justice. Quand le poète chante une louange, il suit la voie de la justice ; les poètes sont des hommes de talent et d’équitĂ© » ; leur Alètheia est renforcĂ©e par Dikè. En fait, dans le système de pensĂ©e religieuse oĂą triomphe la parole efficace, il n’y a nulle distance entre la vĂ©ritĂ© » et la justice » ce type de parole est toujours conforme Ă l’ordre cosmique, car il crĂ©e l’ordre cosmique, il en est l’instrument nĂ©cessaire. » Marcel Detienne, Les MaĂ®tres de VĂ©ritĂ© dans la Grèce archaĂŻque, 1967, Le Livre de Poche, 2006, p. 122-126 _______________________________________________________________________ Le fait banal de la conversation quitte, par un cĂ´tĂ©, l’ordre de la violence. Ce fait banal est la merveille des merveilles. Parler, c’est en mĂŞme temps que connaĂ®tre autrui se faire connaĂ®tre Ă lui. Autrui n’est pas seulement connu, il est saluĂ©. Il n’est pas seulement nommĂ© mais aussi invoquĂ©. Pour le dire en termes de grammaire, autrui n’apparaĂ®t pas au nominatif mais au vocatif. Je ne pense pas seulement Ă ce qu’il est pour mois mais aussi et Ă la fois, je suis pour lui. En lui appliquant un concept, en l’appelant ceci ou cela, j’en appelle Ă lui. Je ne connais pas seulement mais je suis en sociĂ©tĂ©. Ce commerce que la parole implique est prĂ©cisĂ©ment l’action sans violence l’agent, au moment mĂŞme de son action, a renoncĂ© Ă toute domination, Ă toute souverainetĂ©, s’expose dĂ©jĂ Ă l’action d’autrui dans l’attente d’une rĂ©ponse. Parler et Ă©couter ne font qu’un, ils ne se succèdent pas. Parler institue ainsi le rapport moral d’égalitĂ© et par consĂ©quent reconnaĂ®t la justice. MĂŞme quand on parle Ă un esclave, on parle Ă un Ă©gal. Ce que l’on dit, le contenu communiquĂ© n’est possible que grâce Ă ce rapport de face Ă face oĂą autrui compte comme interlocuteur avant mĂŞme d’être connu. On regarde un regard. Regarder un regard, c’est regarder ce qui ne s’abandonne pas, ne se livre pas mais qui vous vise c’est regarder le visage. » Emmanuel LĂ©vinas, Éthique et esprit », Difficile libertĂ©, 1952, Éd. Albin Michel, 1976, p. 21. ____________________________________________________________________ Toute organisation sociale, qu’elle soit animale ou humaine, nĂ©cessite le strict respect par les membres du groupe d’un certain nombre de règles comportementales qui peuvent ĂŞtre contraires Ă leur intĂ©rĂŞt individuel Ă court terme, mais qui sont vitales pour la viabilitĂ© du groupe. Dans le monde animal, comme l’avait dĂ©jĂ si bien montrĂ© le fondateur de l’éthologie animale, Konrad Lorenz, ces comportements dangereux pour la survie de l’espèce sont inhibĂ©s par des mĂ©canismes dits instinctifs ». En particulier, chez les mammifères sociaux, ce sont ces mĂ©canismes, profondĂ©ment ancrĂ©s dans les couches les plus primitives du cerveau, qui rĂ©gulent les comportements agressifs les combats au sein du groupe, pourtant frĂ©quents, ne se soldent jamais, ou très exceptionnellement, par la mise Ă mort du vaincu. Qu’on nous entende bien il s’agit ici d’observations qui concernent uniquement les comportements meurtriers » au sein d’un mĂŞme groupe, qui menacent directement l’organisation sociale du groupe. En revanche, dans les conflits intergroupes, ces inhibitions ne sont plus de mise c’est ainsi que la primatologue Jane Goodall a pu observer, sur le terrain, de vĂ©ritables guerres » entre groupes de chimpanzĂ©s, avec des tueries systĂ©matiques. Il est intĂ©ressant d’observer que les interdits humains recouvrent assez prĂ©cisĂ©ment ces inhibitions instinctives ainsi, dans routes les cultures, les interdits concernent les meurtres entre individus d’une mĂŞme tribu et, avant tout, dans le cercle familial. Les agressions Ă l’extĂ©rieur de la tribu, elles, n’ont pas du tout le mĂŞme statut et peuvent mĂŞme ĂŞtre explicitement encouragĂ©es et codifiĂ©es… La grande diffĂ©rence entre l’homme et les autres mammifères sociaux c’est que, chez l’homme, la rĂ©gulation sociale ne s’effectue pas au niveau biologique, mais au niveau socioculturel. C’est par la parole et la pression du groupe social que s’imposent les interdits et non pas parce qu’ils seraient biologiquement bloquĂ©s, au contraire c’est bien parce que nous sommes capables de commettre de tels actes les exemples ne manquent malheureusement pas qu’ils sont culturellement prohibĂ©s et punis. » Bernard Victorri, Ă€ la recherche de la langue originelle », in Les origines du langage, Le Pommier, 2010, p. 110-112. ___________________________________________________________________ En vĂ©ritĂ©, le problème qui se pose Ă celui qui cherche la nature du dialogue n’est nul autre que celui de la violence et de la nĂ©gation de celle-ci. Car que faut-il pour qu’il puisse y avoir dialogue ? La logique ne permet qu’une chose, Ă savoir que le dialogue, une fois engagĂ©, aboutisse, que l’on puisse dire lequel des interlocuteurs a raison, plus exactement, lequel des deux a tort car s’il est certain que celui qui se contredit a tort, il n’est nullement prouvĂ© que celui qui l’a convaincu de ce seul crime contre la loi du discours ne soit pas Ă©galement fautif, avec ce seul avantage, tout temporaire, qu’il n’en a pas encore Ă©tĂ© convaincu. La logique, dans le dialogue, Ă©monde [1] le discours. Mais pourquoi l’homme accepte-t-il une situation dans laquelle il peut ĂŞtre confondu [2] ? Il l’accepte, parce que la seule autre issue est la violence, si l’on exclut, comme nous l’avons fait, le silence et l’abstention de toute communication avec les autres hommes quand on n’est pas du mĂŞme avis, il faut se mettre d’accord ou se battre jusqu’à ce que l’une des deux thèses disparaisse avec celui qui l’a dĂ©fendue. Si l’on ne veut pas de cette seconde solution, il faut choisir la première, chaque fois que le dialogue porte sur des problèmes sĂ©rieux et qui ont de l’importance, ceux qui doivent mener Ă une modification de la vie ou en confirmer la forme traditionnelle contre les attaques des novateurs. Concrètement parlant, quand il n’est pas un jeu qui ne se comprend que comme image du sĂ©rieux, le dialogue porte, en dernier ressort, toujours sur la façon selon laquelle on doit vivre. On ? C’est-Ă -dire, les hommes qui vivent dĂ©jĂ en communautĂ©, qui possèdent dĂ©jĂ ces donnĂ©es qui sont nĂ©cessaires pour qu’il puisse y avoir dialogue – les hommes qui sont dĂ©jĂ d’accord sur l’essentiel et auxquels il suffit d’élaborer en commun les consĂ©quences des thèses qu’ils ont dĂ©jĂ acceptĂ©es, tous ensemble. Ils sont en dĂ©saccord sur la façon de vivre, parce qu’ils sont en accord sur cette mĂŞme façon il ne s’agit que de complĂ©ter et de prĂ©ciser. Ils acceptent le dialogue, parce qu’ils ont dĂ©jĂ exclu la violence. » Éric Weil, Logique de la philosophie, 1950, Vrin, 1985, p. 24. _____________________________________________________________________ Le fait que nous nous sentons aujourd’hui si Ă©trangers dans un monde qui jadis nous paraissait si beau et si familier tient Ă une autre cause encore, que je vois dans le trouble que cette guerre a apportĂ© dans notre attitude, jadis si ferme et si solidement Ă©tablie, Ă l’égard de la mort. Cette attitude n’était rien moins que franche et sincère. A nous entendre, on pouvait croire que nous Ă©tions naturellement convaincus que la mort Ă©tait le couronnement nĂ©cessaire de toute vie, que chacun de nous avait Ă l’égard de la nature une dette dont il ne pouvait s’acquitter que par la mort, que nous devions ĂŞtre prĂŞts Ă payer cette dette, que la mort Ă©tait un phĂ©nomène naturel, irrĂ©sistible et inĂ©vitable. Mais en rĂ©alitĂ©, nous avions l’habitude de nous com¬porter comme s’il en Ă©tait autrement. Nous tendions de toutes nos forces Ă Ă©carter la mort, Ă l’éliminer de notre vie. Nous avons essayĂ© de jeter sur elle le voile du silence et nous avons mĂŞme imaginĂ© un proverbe il pense Ă cela comme Ă la mort » c’est-Ă -dire qu’il n’y pense pas du tout, bien entendu comme Ă sa propre mort Ă laquelle on pense encore moins qu’à celle d’autrui. Le fait est qu’il nous est absolument impossible de nous reprĂ©senter notre propre mort, et toutes les fois que nous l’essayons, nous nous apercevons que nous y assistons en spectateurs. C’est pourquoi l’école psychanalytique a pu dĂ©clarer qu’au fond personne ne croit Ă sa propre mort ou, ce qui revient au mĂŞme, dans son inconscient chacun est persuadĂ© de sa propre immortalitĂ©. Pour ce qui est de la mort d’autrui, l’homme civilisĂ© Ă©vite soigneusement de parler de cette Ă©ventualitĂ© en prĂ©sence de la personne dont la mort paraĂ®t imminente ou proche. Seuls les enfants ne connaissent pas cette discrĂ©tion . ils s’adressent sans mĂ©nagements des menaces impliquant des chances de mort et trouvent encore le moyen d’escompter la mort d’une personne aimĂ©e, en lui disant, comme s’il s’agissait de la chose la plus naturelle du monde Chère maman, quand tu seras morte, je ferai ceci ou cela. » L’homme civilisĂ© adulte, Ă son tour, ne pensera pas volontiers Ă la perspective de la mort d’un de ses proches ce serait faire preuve d’insensibilitĂ© ou de mĂ©chancetĂ©, sauf lorsque, comme mĂ©decin, avocat, etc., on est amenĂ© Ă y penser en vertu de prĂ©oc¬cupations professionnelles. Il se permettra encore moins de penser Ă la mort d’autrui dans les cas oĂą cette mort doit lui apporter un surcroĂ®t de fortune ou de libertĂ© ou une amĂ©lioration de sa situation. Certes, ces scrupules ne peu¬vent rien contre la mort, sont impuissants Ă l’empĂŞcher, et toutes les fois que l’évĂ©nement se produit, nous sommes profondĂ©ment Ă©branlĂ©s et comme déçus dans notre attente. Nous insistons toujours sur le caractère occasionnel de la mort accident, maladie, infection, profonde vieillesse, rĂ©vĂ©lant ainsi nette¬ment notre tendance Ă dĂ©pouiller la mort de tout caractère de nĂ©cessitĂ©, Ă en faire un Ă©vĂ©nement purement accidentel. L’accumulation de cas de mort nous effraye. A l’égard du mort lui-mĂŞme nous nous comportons d’une façon très singulière nous nous abstenons de toute critique Ă son endroit, nous lui pardonnons ses injustices, nous ordonnons de mortuis nil nisi bene, et nous trouvons naturel que, dans l’oraison funèbre qu’on prononce sur sa tombe et dans l’inscription qu’on fait graver sur son monument funĂ©raire, on ne fasse ressortir que ses qualitĂ©s. Le respect du mort, respect dont celui-ci n’a cepen¬dant plus nul besoin, nous apparaĂ®t comme supĂ©rieur Ă la vĂ©ritĂ©, et Ă beaucoup d’entre nous comme supĂ©rieur mĂŞme Ă la considĂ©ration que nous devons aux vivants. A cette attitude conventionnelle que la civilisation nous impose Ă l’égard de la mort, fait pendant l’état de consternation, d’effondrement complet dans lequel nous plonge la mort d’une personne proche père ou mère, Ă©poux ou Ă©pouse, frère ou sĹ“ur, enfant ou ami cher. Il nous semble qu’avec elle nous en¬ter¬rons nos espĂ©rances, nos ambitions, nos joies, nous refusons toute consolation et dĂ©clarons qu’il s’agit d’une mort irremplaçable. Nous nous com¬portons alors comme un de ces Asras qui suivent dans la mort ceux qu’ils ont aimĂ©s dans la vie. Cette attitude Ă l’égard de la mort rĂ©agit cependant fortement sur notre vie. La vie s’appauvrit, elle perd en intĂ©rĂŞt, dès l’instant oĂą nous ne pouvons pas risquer ce qui en forme le suprĂŞme enjeu, c’est-Ă -dire la vie elle-mĂŞme. Elle devient aussi vide, aussi creuse qu’un flirt dont on sait d’avance qu’il n’abou¬tira Ă rien, Ă la diffĂ©rence d’un amour rĂ©el, alors que les deux partenaires sont tenus de toujours penser aux sĂ©rieuses consĂ©quences du jeu dans lequel ils se trouvent engagĂ©s. Nos attaches affectives, l’insupportable intensitĂ© de notre chagrin nous dĂ©tournent de la recherche de dangers pour nous-mĂŞmes et pour nos proches. Nous reculons devant de nombreuses entreprises, dangereuses, mais indispensables, telles qu’essais d’aviation, expĂ©ditions dans des pays lointains, expĂ©riences sur des substances explosives, etc. Et ce qui nous re¬tient, c’est la question que nous nous posons dans chacune de ces occasions qui remplacera, en cas de malheur, le fils Ă la mère, l’époux Ă l’épouse, le père aux enfants ? La tendance Ă Ă©liminer la mort du registre de la vie nous a encore imposĂ© beaucoup d’autres renoncements et Ă©liminations. Et, cependant, la devise hansĂ©atique proclamait Navigare necesse est, vivere non necesse! Naviguer est une nĂ©cessitĂ©; vivre n’est pas une nĂ©cessitĂ©. Et nous sommes amenĂ©s tout naturellement Ă chercher dans le monde de la fiction, dans la littĂ©rature, au théâtre ce que nous sommes obligĂ©s de nous refuser dans la vie rĂ©elle. Nous y trouvons encore des hommes qui savent mourir et s’entendent Ă faire mourir les autres. LĂ seulement se trouve remplie la condition Ă la faveur de laquelle nous pourrions nous rĂ©concilier avec la mort. Cette rĂ©conciliation, en effet, ne serait possible que si nous rĂ©ussissions Ă nous pĂ©nĂ©trer de la conviction que, quelles que soient les vicissitudes de la vie, nous continuerons toujours Ă vivre, mais d’une vie qui sera Ă l’abri de toute atteinte. Il est, en effet, trop triste de savoir que la vie ressemble Ă un jeu d’échecs oĂą une seule fausse dĂ©marche peut nous obliger Ă renoncer Ă la partie, avec cette aggra¬vation que, dans la vie, nous ne pouvons mĂŞme pas compter sur une partie de revanche. Mais dans le domaine de la fiction nous trouvons cette multiplicitĂ© de vie dont nous avons besoin. Nous nous identifions avec un hĂ©ros dans sa mort, et cependant nous lui survivons, tout prĂŞts Ă mourir aussi inoffensi¬vement une autre fois, avec un autre hĂ©ros. Il est Ă©vident que cette attitude conventionnelle Ă l’égard de la mort est incompatible avec la guerre. Il n’est plus possible de nier la mort ; on est obligĂ© d’y croire. Les hommes meurent rĂ©ellement, non plus un Ă un, mais par masse, par dizaines de mille le mĂŞme jour. Et il ne s’agit plus de morts acci¬dentelles cette fois. Sans doute, c’est un effet du hasard lorsque tel obus vient frapper celui-ci plutĂ´t qu’un autre ; mais cet autre pourra ĂŞtre frappĂ© par l’obus suivant. L’accumulation de cas de mort devient incompatible avec la notion du hasard. Et la vie est redevenue intĂ©ressante, elle a retrouvĂ© tout son contenu. Il convient de distinguer ici deux groupes le groupe de ceux qui risquent leur vie dans les batailles, et le groupe de ceux qui, restĂ©s Ă l’arrière, s’atten¬dent Ă apprendre qu’un ĂŞtre qui leur est cher est mort d’une blessure, d’une maladie ou d’une infection. Il serait sans toute très intĂ©ressant d’étudier les changements qui se produisent dans la psychologie des combattants, mais lĂ -dessus je suis trop peu renseignĂ©. Aussi devons-nous limiter nos recherches au second groupe, dont nous faisons partie nous-mĂŞmes. J’ai dĂ©jĂ dit que si nous souffrons d’une perturbation et d’une diminution de notre puissance fonction¬nelle, cela tient essentiellement, Ă mon avis, au fait que nous ne pouvons plus conserver notre ancienne attitude Ă l’égard de la mort et que nous n’en avons pas encore trouvĂ© de nouvelle. Nous. obtiendrons peut-ĂŞtre des rĂ©sultats inté¬ressants en Ă©tendant nos recherches Ă deux autres manières de se comporter Ă l’égard de la mort Ă celle que nous pouvons attribuer Ă l’homme primitif, Ă l’homme des âges prĂ©historiques, et Ă celle qui s’est conservĂ©e encore en cha¬cun de nous, mais qui, invisible Ă notre conscience, se cache dans les couches profondes de notre vie psychique. En ce qui concerne la manière dont l’homme des âges prĂ©historiques se comportait Ă l’égard de la mort, nous ne la connaissons naturellement que par infĂ©rences et dĂ©ductions, mais je pense que ces procĂ©dĂ©s nous ont donnĂ© des rĂ©sultats auxquels on peut se fier suffisamment. L’attitude de l’homme primitif Ă l’égard de la mort est assez remarquable, parce que nettement contradictoire. D’une part, il prenait la mort au sĂ©rieux, la considĂ©rait comme mettant fin Ă la vie et s’en servait en consĂ©quence ; d’autre part il niait la mort, lui refusait toute signification et toute efficacitĂ©. Ce qui explique en partie cette contradiction, c’est le fait que sa manière d’envisager la mort d’autrui, de l’étranger, de l’ennemi diffĂ©rait radicalement de celle dont il envisageait la perspective de sa propre mort. La mort d’autrui lui paraissait sĂ©rieuse, il voyait en elle le moyen d’anĂ©antir celui qu’il haĂŻssait, et l’homme primitif n’éprouvait pas le moindre scrupule ni la moindre hĂ©sitation Ă causer la mort. Il Ă©tait certainement un ĂŞtre très passionnĂ©, plus cruel et plus mĂ©chant que les autres animaux. Il tuait volontiers et le plus naturellement du monde. Nous n’avons aucune raison de lui attribuer l’instinct qui empĂŞche tant d’autres animaux de tuer et de dĂ©vorer des individus de leur espèce. Aussi l’histoire primitive de l’humanitĂ© est-elle remplie de meurtres. Ce que nos enfants apprennent encore de nos jours dans les Ă©coles, sous le nom d’histoire universelle, n’est pas autre chose qu’une succession de meurtres collectifs, de meurtres de peuple Ă peuple, Le vague et obscur sentiment de culpabilitĂ© que l’humanitĂ© Ă©prouve depuis les temps les plus primitifs et qui s’est cristallisĂ© dans certaines religions sous la forme d’un dogme bien connu, celui de la faute primitive, du pĂ©chĂ© originel, n’est probablement que l’expres¬sion d’une faute sanglante dont se serait rendue coupable l’humanitĂ© prĂ©his¬torique. Dans mon livre Totem et Tabou, j’avais essayĂ©, en utilisant les don¬nĂ©es de W. Robertson Smith, Atkinson et Ch. Darwin, de me faire une idĂ©e de la nature de cette faute ancienne et je pense que la doctrine chrĂ©tienne actuelle contient encore des allusions qui permettent de conclure Ă son existence. Puisque le fils de Dieu a Ă©tĂ© obligĂ© de sacrifier sa vie pour sauver l’humanitĂ© du pĂ©chĂ© originel, on doit conclure, d’après la règle du talion, de l’expiation de l’égal par l’égal, que ce pĂ©chĂ© ne pouvait consister que dans un meurtre. Seul un pĂ©chĂ© comme celui-lĂ pouvait exiger, Ă titre d’expiation, le sacrifice d’une vie. Et puisque le pĂ©chĂ© originel Ă©tait une faute commise contre Dieu le Père, le crime le plus ancien de l’humanitĂ© ne pouvait ĂŞtre qu’un parricide, le meur¬tre du père primitif de la horde humaine primitive, dont l’image conservĂ©e par le souvenir a Ă©tĂ© Ă©rigĂ©e plus tard en une divinitĂ© . Certes, l’homme primitif pouvait se reprĂ©senter aussi difficilement que nous-mĂŞmes sa propre mort, et elle lui paraissait aussi irrĂ©elle que nous trou¬vons irrĂ©elle la nĂ´tre. Mais il y avait un cas oĂą ses deux certitudes opposĂ©es Ă l’égard de la mort devaient se rencontrer et entrer en conflit, cas très significatif et très riche en consĂ©quences. C’était lorsqu’il voyait mourir un de ses proches, sa femme, son enfant, son ami qu’il aimait certainement comme nous aimons nous-mĂŞmes nos proches, car l’amour ne doit guère ĂŞtre moins ancien que le penchant au meurtre. Dans sa douleur, il devait se dire alors que la mort n’épargne personne, qu’il mourra lui-mĂŞme comme meurent les autres, et tout son ĂŞtre se rĂ©voltait contre cette constatation chacun de ces ĂŞtres chers n’était-il pas une partie de son propre moi qu’il aimait tant ? Mais, d’autre part, la mort d’un ĂŞtre cher lui paraissait naturelle, car si cet ĂŞtre faisait partie de son moi, il lui Ă©tait, par certains cĂ´tĂ©s, Ă©tranger. La loi de l’ambi¬valence, qui rĂ©git encore aujourd’hui notre attitude Ă l’égard des personnes que nous ai¬mons le plus, devait exercer une action moins limitĂ©e aux Ă©poques primi¬tives. C’est ainsi que ces chers morts avaient Ă©tĂ© en mĂŞme temps des Ă©trangers et des ennemis Ă l’égard desquels il nourrissait Ă©galement des sentiments hostiles . Les philosophes prĂ©tendent que l’énigme intellectuelle que reprĂ©sentait pour l’homme primitif l’aspect de la mort s’est imposĂ©e Ă sa rĂ©flexion et doit ĂŞtre considĂ©rĂ©e comme le point de dĂ©part de toute spĂ©culation. Il me semble que, sur ce point, les philosophes pensent trop… en philosophes et ne tiennent pas suffisamment compte de l’action de mobiles primitifs. Je crois donc devoir diminuer la portĂ©e de cette proposition et corriger celle-ci en disant que l’hom¬me primitif triomphe auprès du cadavre de l’ennemi qu’il vient de tuer, sans avoir Ă se creuser la tĂŞte Ă propos des Ă©nigmes de la vie et de la mort. Ce qui poussa l’homme primitif Ă rĂ©flĂ©chir, ce ne fut ni l’énigme intellectuelle ni la mort en gĂ©nĂ©ral, mais ce fut le conflit affectif qui, pour la première fois, s’éleva dans son âme Ă la vue d’une personne aimĂ©e et, cependant, Ă©trangère et haĂŻe. C’est de ce conflit affectif qu’est nĂ©e la psychologie. L’homme ne pou¬vait plus ne pas songer Ă la mort que la douleur causĂ©e par la disparition d’un ĂŞtre cher lui avait fait toucher du doigt; mais, en mĂŞme temps, il ne voulait pas en admettre la rĂ©alitĂ©, car il ne pouvait se reprĂ©senter lui-mĂŞme Ă la place du mort. Il se vit ainsi obligĂ© d’adopter un compromis tout en admettant qu’il puisse mourir Ă son tour, il se refusa Ă voir dans cette Ă©ventualitĂ© l’équivalent de sa disparition totale, alors qu’il trouvait tout naturel qu’il en fĂ»t ainsi de l’ennemi. C’est devant le cadavre de la personne aimĂ©e qu’il imagina les esprits et, comme il se sentait coupable d’un sentiment de satisfaction qui ve¬nait se mĂŞler Ă son deuil, ces premiers esprits ne tardèrent pas Ă se transformer en dĂ©mons mĂ©chants dont il fallait se mĂ©fier. Les changements qui suivent la mort lui suggèrent l’idĂ©e d’une dĂ©composition de l’individu en un corps et en une primitivement en plusieurs âme. Le souvenir persistant du mort devint la base de la croyance Ă d’autres formes d’existence, lui suggĂ©ra l’idĂ©e d’une persistance de la vie après la mort apparente. Ces existences ultĂ©rieures n’étaient au dĂ©but que des prolongements de celle Ă laquelle la mort avait mis un terme existences Ă l’état d’ombres, vides de tout contenu, auxquelles on n’attachait, jusqu’à une Ă©poque assez tardive, qu’une valeur insignifiante. Elles portent encore le caractère de misĂ©rables expĂ©dients. Rappelons-nous la rĂ©ponse que fait l’âme d’Achille Ă Ulysse Vivant, nous, Akhileus, nous t’honorions comme un Dieu, et, maintenant, tu commandes Ă tous les morts. Tel que te voilĂ , et bien que mort, ne te plains pas, Akhileus. – Je parlai ainsi, et il me rĂ©pondit Ne me parle pas de la mort, illustre Odysseus ! J’aimerais mieux ĂŞtre un laboureur, et servir, pour un salaire, un homme pauvre, que de commander Ă tous les morts qui ne sont plus » OdyssĂ©e, XI, v. 484-491, traduction Leconte de Lisle. Et souvenons-nous encore de cette parodie puissante et amère de Heine Der kleinste lebendige Philister Zu Stuckert am Neckar Viel glĂĽcklicher ist er Als ich, der Pelide der tote Held, Der SchattenfĂĽrst ln der Unterwelt » C’est seulement plus tard que les religions en sont venues Ă proclamer cette existence qui suit la mort comme Ă©tant plus prĂ©cieuse, plus complète, et Ă ne voir dans la vie Ă laquelle la mort met un terme qu’une prĂ©paration Ă cette existence meilleure. De lĂ Ă prolonger la vie dans le passĂ©, il n’y avait qu’un pas, et ce pas fut vite franchi on attribua Ă l’homme un grand nombre d’exis¬tences antĂ©rieures Ă sa vie actuelle, on inventa la mĂ©tempsycose et les rĂ©in¬carnations multiples, et tout cela dans le but de dĂ©pouiller la mort de toute valeur, de lui refuser le rĂ´le d’un facteur opposĂ© Ă la vie, destructeur de la vie. On le voit la nĂ©gation de la mort, dont nous avons parlĂ© plus haut comme de l’une des conventions de la vie sociale, remonte Ă une antiquitĂ© très lointaine. Devant le cadavre de la personne aimĂ©e prirent naissance non seulement la doctrine des âmes, la croyance Ă l’immortalitĂ©, mais aussi, avec le sentiment de culpabilitĂ© humaine, qui ne tarda pas Ă pousser une puissante racine, les premiers commandements moraux. Le premier et le plus important comman¬dement qui ait jailli de la conscience Ă peine Ă©veillĂ©e Ă©tait tu ne tueras point. Il exprimait une rĂ©action contre le sentiment de satisfaction haineuse qu’à cĂ´tĂ© de la tristesse on Ă©prouvait devant le cadavre de la personne aimĂ©e et s’est Ă©tendu peu Ă peu aux Ă©trangers indiffĂ©rents et mĂŞme aux ennemis dĂ©testĂ©s. A l’heure oĂą nous sommes, les hommes restent sourds Ă ce commande¬ment. Lorsque la lutte sauvage qui caractĂ©rise cette guerre aura pris fin, Ă l’avantage de l’une ou de l’autre partie, le combattant victorieux retournera joyeux dans son foyer, auprès de sa femme et de ses enfants, sans ĂŞtre le moins du monde troublĂ© par le souvenir de tout ce qu’il a fait, de tous les enne¬mis qu’il a tuĂ©s soit dans des luttes corps Ă corps, soit avec des armes agissant Ă distance. Il est Ă noter que les peuples sauvages qui survivent encore de nos jours et qui sont certainement plus proches de l’homme primitif se comportent sur ce point ou, plutĂ´t, se sont comportĂ©s tant qu’ils n’ont pas subi l’influence de notre civilisation autrement. Le sauvage, qu’il s’agisse de l’Australien, du Boschiman ou d’un indigène de la Terre de Feu, n’est nullement un meurtrier impĂ©nitent; lorsqu’il revient de la guerre en vainqueur, il n’a pas le droit d’entrer dans son village et de toucher Ă sa femme, tant qu’il n’a pas expiĂ© par des pĂ©nitences souvent fastidieuses et pĂ©nibles les meurtres qu’il a commis Ă la guerre. Il va sans dire que cette interdiction a sa source dans une supersti¬tion, le sauvage craignant la vengeance des esprits de ceux qu’il a tuĂ©s. Mais ces esprits des ennemis tuĂ©s ne sont autre chose que l’ex¬pres¬sion de sa mauvaise conscience, du remords qu’il Ă©prouve Ă la suite des crimes commis. Il y a au fond de cette superstition une certaine finesse morale qui nous manque Ă nous autres civilisĂ©s . Des âmes pieuses qui cherchent Ă se persuader que nous sommes Ă©trangers Ă tout ce qui est mauvais et vulgaire ne manqueront pas de tirer de cette interdiction si ancienne et si formelle du meurtre des conclusions favorables quant Ă la force de nos penchants moraux innĂ©s. Malheureusement, cet argu¬ment peut servir Ă prouver, dans une mesure peut-ĂŞtre encore plus grande, le contraire. Une interdiction aussi impĂ©rieuse et formelle ne peut s’adresser qu’à une impulsion particulièrement forte. On n’a pas Ă interdire ce Ă quoi aucune âme humaine n’aspire . C’est prĂ©cisĂ©ment la manière dont est formu¬lĂ©e la prohibition t u ne tueras point », qui est de nature Ă nous donner la certitude que nous descendons d’une sĂ©rie infiniment longue de gĂ©nĂ©rations de meur¬triers qui, comme nous mĂŞmes peut-ĂŞtre, avaient la passion du meurtre dans le sang. Les tendances morales de l’humanitĂ©, dont il serait oiseux de contester la force et l’importance, constituent une acquisition de l’histoire humaine et forment, Ă un degrĂ© malheureusement très variable, le patrimoine hĂ©rĂ©ditaire des hommes d’aujourd’hui. Laissons maintenant l’homme primitif et interrogeons l’inconscient de notre propre vie psychique. Cela n’est possible qu’à l’aide des mĂ©thodes de re¬cher¬che psychanalytiques, les seules qui permettent de descendre Ă cette profondeur. Comment l’inconscient se comporte-t-il Ă l’égard du problème de la mort ? Exactement comme l’homme primitif. Sous ce rapport, comme sous tant d’autres, l’homme primitif survit tel quel dans notre inconscient. Comme l’homme primitif, notre inconscient ne croit pas Ă la possibilitĂ© de sa mort et se considère comme immortel. Ce que nous appelons notre inconscient », c’est-Ă -dire les couches les plus profondes de notre âme, celles qui se compo¬sent d’instincts, ne connaĂ®t, en gĂ©nĂ©ral, rien de nĂ©gatif, ignore la nĂ©gation les contraires s’y concilient et s’y fondent et, par consĂ©quent, la mort Ă laquelle nous ne pouvons attribuer qu’un contenu nĂ©gatif. La croyance Ă la mort ne trouve donc aucun point d’appui dans nos instincts, et c’est peut-ĂŞtre lĂ qu’il faut chercher l’explication de ce qui constitue le mystère de l’hĂ©roĂŻsme. L’ex¬plication rationnelle de l’hĂ©roĂŻsme prĂ©tend qu’il y a des biens abstraits et universels plus prĂ©cieux que la vie. Mais, Ă mon avis, l’hĂ©roĂŻsme, qui est le plus souvent instinctif et impulsif, ignore cette motivation et affronte le danger sans penser Ă ce qui peut en rĂ©sulter. Ou bien cette motivation ne sert qu’à écarter les doutes et les hĂ©sitations susceptibles de s’opposer Ă la rĂ©action hĂ©roĂŻque de l’inconscient. L’angoisse de la mort, au contraire, dont nous subis¬sons l’empire plus souvent que nous ne le croyons, est quelque chose de secondaire et rĂ©sulte le plus souvent du sentiment de culpabilitĂ©. D’autre part, nous trouvons toute naturelle la mort d’étrangers et d’ennemis que nous infligeons aussi volontiers et avec aussi peu de scrupules que le fait l’homme primitif. Sur ce point cependant il y a, entre l’homme primitif et nous, une diffĂ©rence qui, dans la rĂ©alitĂ©, apparaĂ®t comme dĂ©cisive. Notre in¬con¬scient se contente de penser Ă la mort et de la souhaiter, sans la rĂ©aliser. Mais on aurait tort de sous-estimer cette rĂ©alitĂ© psychique par rapport Ă la rĂ©alitĂ© de fait. Cette rĂ©alitĂ© est dĂ©jĂ assez grave et grosse de consĂ©quences. Dans nos dĂ©sirs inconscients, nous supprimons journellement, et Ă toute heure du jour, tous ceux qui se trouvent sur notre chemin, qui nous ont offensĂ©s ou lĂ©sĂ©s. Que le diable l’emporte! » disons-nous couramment sur un ton de plaisanterie, destinĂ© Ă dissimuler notre mauvaise humeur. Mais ce que nous voulons dire rĂ©ellement, sans l’oser, c’est la que la mort l’emporte ! », et ce souhait de mort, notre inconscient le prend plus au sĂ©rieux que nous ne le pensons nous-mĂŞmes et lui donne un accent que notre conscience est prĂŞte Ă dĂ©savouer. Notre inconscient tue mĂŞme pour des dĂ©tails ; comme l’ancienne lĂ©gislation athĂ©nienne de Dracon, il ne connaĂ®t pas d’autre châtiment pour les crimes que la mort, en quoi il est assez logique, puisque tout tort infligĂ© Ă no¬tre moi tout-puissant et autocratique est, au fond, un crimen laeesae majestatis. C’est ainsi qu’à en juger par nos dĂ©sirs et souhaits inconscients, nous ne sommes nous-mĂŞmes qu’une bande d’assassins. Heureusement, que tous ces dĂ©sirs et souhaits ne possèdent pas la force que leur attribuaient les hommes des temps primitifs ; s’il en Ă©tait autrement, l’humanitĂ© aurait pĂ©ri depuis longtemps sous les feux croisĂ©s des malĂ©dictions rĂ©ciproques, lesquelles n’au¬raient Ă©pargnĂ© ni ses hommes les meilleurs et les plus sages, ni ses femmes les plus belles et les plus douces. Ces affirmations de la psychanalyse ne trouvent aucun crĂ©dit auprès des profanes. On les repousse comme des calomnies qui ne rĂ©sistent pas aux cer¬titudes fournies par la conscience, et on nĂ©glige adroitement les petits indices par lesquels l’inconscient se rĂ©vèle gĂ©nĂ©ralement Ă la conscience. Aussi ne serait-il pas inutile de rappeler que beaucoup de penseurs qui n’ont certaine¬ment pas pu subir l’influence de la psychanalyse se sont plaints de la facilitĂ© avec laquelle nous sommes disposĂ©s, ne tenant aucun compte de la prohibition du meurtre, Ă Ă©carter, Ă supprimer mentalement tout ce qui se trouve sur notre chemin. Je me contenterai de citer un seul exemple, devenu d’ailleurs cĂ©lèbre. Dans le Père Goriot, Balzac cite un passage de Rousseau, dans lequel celui-ci demande au lecteur ce qu’il ferait si, sans quitter Paris et, naturelle¬ment, avec la certitude de ne pas ĂŞtre dĂ©couvert, il pouvait, par un simple acte de volontĂ©, tuer un vieux mandarin habitant PĂ©kin et dont le mort lui pro¬cure¬rait un grand avantage. Il laisse deviner qu’il ne donnerait pas bien cher pour la vie de ce dignitaire. Tuer le mandarin est devenu alors une expression pro¬ver¬biale de cette disposition secrète, inhĂ©rente mĂŞme aux hommes de nos jours. On connaĂ®t, en outre, un grand nombre de plaisanteries et d’anecdotes cy¬niques dans lesquelles s’exprime la mĂŞme tendance, comme, par exemple, cette dĂ©claration qu’on attribue Ă un mari Après la mort de l’un de nous deux, je viendrai habiter Paris ». Ces plaisanteries cyniques ne seraient pas possibles, si elles ne servaient pas Ă exprimer une vĂ©ritĂ© qu’on nie, dont on ne veut pas convenir lorsqu’elle est exprimĂ©e sĂ©rieusement et d’une façon non dissimulĂ©e. On sait, en effet, qu’en plaisantant on peut tout dire, mĂŞme la vĂ©ritĂ©. Comme pour l’homme primitif, il existe aussi pour notre inconscient un cas oĂą les deux attitudes opposĂ©es Ă l’égard de la mort, celle qui la conçoit comme une destruction de la vie et celle qui la nie comme quelque chose d’irrĂ©el, se rencontrent et entrent en conflit. Et le cas est exactement le mĂŞme que celui qui s’offre Ă l’homme primitif la mort ou le danger de mort d’un ĂŞtre cher, d’un Ă©poux ou d’une Ă©pouse, du père ou de la mère, d’un frère ou d’une sĹ“ur, d’un enfant ou d’un ami. D’une part, ces ĂŞtres chers forment notre patrimoine intime, sont une partie de notre Moi ; mais, par d’autres cĂ´tĂ©s, ils sont, en partie tout au moins, pour nous des Ă©trangers et des ennemis. A l’exception de quelques situations, nos attitudes amoureuses les plus tendres et les plus intimes sont nuancĂ©es d’une hostilitĂ© qui peut comporter un souhait de mort inconscient. Mais, cette fois, ce conflit ayant sa source dans l’ambiva¬lence donne naissance, non plus Ă la doctrine de la transmigration et Ă la mo¬rale, maĂŻs Ă la nĂ©vrose qui nous ouvre une large perspective, mĂŞme sur la vie psychique normale. Les mĂ©decins psychanalystes savent combien est frĂ©quent le symptĂ´me par lequel les malades expriment leur prĂ©occupation, toute d’amour et de tendresse, du bien de leurs proches, et combien sont frĂ©quents les reproches, absolument injustifiĂ©s, dont ils s’accablent Ă la suite de la mort d’un ĂŞtre cher. L’étude de ces symptĂ´mes n’a laissĂ© aux mĂ©decins en question aucun doute quant Ă la frĂ©quence et Ă la signification des souhaits de mort inconscients. Le profane Ă©prouve une horreur indicible devant cette possibilitĂ© affective, et il voit dans cette horreur mĂŞme une raison suffisante et lĂ©gitime pour re¬pousser comme invraisemblables les affirmations des psychanalystes. A tort, Ă mon avis. Nous ne songeons nullement Ă rabaisser la vie amoureuse ; ce serait d’ailleurs aller Ă l’encontre de la rĂ©alitĂ©. Notre raison et notre sentiment se refusent, certes, Ă admettre une association aussi Ă©troite entre l’amour et la haine, mais la nature sait utiliser cette association et maintenir en Ă©veil et dans toute sa fraĂ®cheur le sentiment d’amour, afin de le mettre mieux Ă l’abri des atteintes de la haine qui le guette. On peut dire que nous sommes redevables des plus beaux Ă©panouissements de notre vie amoureuse Ă la rĂ©ac¬tion contre l’impulsion hostile que nous ressentons dans notre for intĂ©rieur. RĂ©sumons-nous impĂ©nĂ©trabilitĂ© Ă la reprĂ©sentation de notre propre mort, souhait de mort Ă l’adresse de l’étranger et de l’ennemi, ambivalence Ă l’égard de la personne aimĂ©e tels sont les traits communs Ă l’homme primitif et Ă notre inconscient. Combien est grande la distance qui sĂ©pare cette attitude primitive Ă l’égard de la mort et celle que nous imposent les conventions de notre vie civilisĂ©e ! Il est facile de dĂ©finir la manière dont la guerre retentit sur cette double attitude. Elle emporte les couches d’alluvions dĂ©posĂ©es par la civilisation et ne laisse subsister en nous que l’homme primitif. Elle nous impose de nouveau une attitude de hĂ©ros ne croyant pas Ă la possibilitĂ© de leur propre mort; elle nous montre dans les Ă©trangers des ennemis qu’il faut supprimer ou dont il faut souhaiter la mort ; elle nous recommande de garder notre calme et notre sang-froid en prĂ©sence de la mort de personnes aimĂ©es. Mais les guerres elles-mĂŞmes ne se laissent pas supprimer. Il y aura des guerres, tant qu’il y aura des diffĂ©rences tranchĂ©es entre les conditions d’exis¬tence des peuples et tant qu’ils Ă©prouveront les uns envers les autres une aversion aussi profonde. La question qui se pose dans ces conditions est celle-ci Ă©tant donnĂ© que les guerres sont Ă peu près inĂ©vitables, ne ferions-nous pas bien de nous incliner devant cette situation et de nous y adapter? Ne ferions-nous pas bien de convenir que notre attitude Ă l’égard de la mort, telle qu’elle dĂ©coule de notre vie civilisĂ©e, nous dĂ©passe au point de vue psychologique et qu’il serait prĂ©fĂ©rable pour nous de faire abstraction de cette attitude et de nous incliner devant la vĂ©ritĂ©? Ne ferions-nous pas bien d’assigner Ă la mort, dans la rĂ©alitĂ© et dans nos idĂ©es, la place qui lui convient et de prĂŞter une attention un peu plus grande Ă notre attitude inconsciente Ă l’égard de la mort, Ă celle que nous nous sommes tou¬jours si soigneusement appliquĂ©s Ă rĂ©primer ? Ce ne serait pas un progrès que nous accomplirions ainsi, mais bien plutĂ´t, sous certains rapports du moins, une rĂ©gression, mais en nous rĂ©signant Ă celle-ci,nous aurions l’avan¬tage d’être sincères avec nous-mĂŞmes et de nous rendre de nouveau la vie supportable. En effet, rendre la vie supportable est le premier devoir du vi¬vant. L’illusion perd toute sa valeur, lorsqu’elle est en opposition avec ce devoir. Rappelons-nous le vieil adage si vis pacem, para bellum. Si tu veux maintenir la paix, sois toujours prĂŞt Ă la guerre. Il serait temps de modifier cet adage et de dire si vis vitam, para mortem. Si tu veux pouvoir supporter la vie, soit prĂŞt Ă accepter la mort. Freud, ConsidĂ©rations actuelles ________________________________________________________________________ Salomon Reinach, De l’origine et de l’essence des tabous », Cultes, mythes et religions, Tome II, Éd. Ernest Leroux, Paris, 1906, pp. 18-22. De l’origine et de l’essence des tabous [1]En thĂ©orie, l’activitĂ© de l’homme n’a d’autres limites que celles de sa force physique. Il peut manger tout ce qui lui tombe sous la dent, tuer tout ce qui lui tombe sous la main, pourvu qu’il soit le plus fort. PoussĂ© par ses besoins et ses passions, il ne s’arrĂŞtera que devant une puissance supĂ©rieure Ă la sienne ; son Ă©nergie n’est contenue et rĂ©primĂ©e que du dehors. Mais cet Ă©tat d’indĂ©pendance absolue est purement thĂ©orique. Dans la pratique, et aussi loin que nous remontions dans le cours des âges, l’homme subit, Ă cĂ´tĂ© des contraintes extĂ©rieures, une contrainte intĂ©rieure. Il n’éprouve pas seulement des rĂ©sistances, mais il s’en crĂ©e Ă lui-mĂŞme, sous la forme de craintes ou de scrupules. Ces craintes et ces scrupules ont pris, avec le temps, des noms diffĂ©rents ce sont les lois morales, les lois politiques, les lois religieuses. Aujourd’hui, ces trois sortes de lois subsistent et exercent leur action restrictive sur l’énergie humaine ; elles existaient de mĂŞme chez les sauvages des temps les plus reculĂ©s, mais Ă l’état confus et, pour ainsi dire, indivis. Les notions mĂŞmes de morale, de religion, de politique, telles du moins que nous les entendons Ă cette heure, n’existaient pas ; mais l’homme subissait et acceptait de nombreuses contraintes, dont l’ensemble constitue ce qu’on appelle le système des tabous. La formule gĂ©nĂ©rale du tabou est Ne fais pas ceci, ne touche pas Ă cela » ; c’est le don’t anglais de la civilitĂ© puĂ©rile et honnĂŞte. Le tabou, de quelque nature qu’il soit, a cela de particulier qu’il impose une limite Ă l’activitĂ© de l’homme. Ce sentier est tabou ? n’y marche pas. Ce fruit est tabou ? ne le mange pas. Ce champ est tabou tel jour ? n’y travaille pas. Ainsi, Ă la diffĂ©rence des lois religieuses, civiles ou morales, la loi du tabou ne prescrit jamais l’action, mais l’abstention ; c’est un frein, ce n’est pas un stimulant. J’ai dit que ce frein consistait en craintes et en scrupules. On ne voit pas, en effet, si l’on excepte la force brutale opposĂ©e Ă la force, ce qui a pu contenir l’énergie de l’homme en dehors de la crainte, sentiment qui engendre le scrupule. Or, le sauvage ne craint pas seulement la dent des fauves, la morsure des serpents il craint aussi, il craint surtout la maladie et la mort, châtiments qu’infligent les gĂ©nies irritĂ©s dont son imagination peuple le monde. ĂŠtre social par excellence, l’homme se figure, Ă tous les Ă©tages de la civilisation, que le monde extĂ©rieur forme comme une sociĂ©tĂ© avec lui et, par une gĂ©nĂ©ralisation naturelle, il projette au-dehors et multiplie Ă l’infini le principe spirituel dont il se sent animĂ©. Avant d’avoir de la divinitĂ© une notion prĂ©cise et consĂ©quente avec elle-mĂŞme, il se sent entourĂ© de dieux, il les craint et cherche Ă vivre en paix avec eux. La cause gĂ©nĂ©rale des tabous est donc la crainte du danger.…S’il n’y avait pas eu de tabous, l’homme sauvage, encore inaccessible aux conseils de la raison et de la prĂ©voyance, aurait ravagĂ© et dĂ©vastĂ© la terre les tabous lui enseignèrent la contrainte et la modĂ©ration. Mais s’il n’y avait pas eu un correctif aux tabous, l’homme sauvage, encore inaccessible Ă la critique et Ă©pris du merveilleux, aurait tellement enchaĂ®nĂ© sa vie, par crainte de la perdre, que toute activitĂ© civilisatrice eĂ»t Ă©tĂ© impossible. » ___________________________________________________________________________ Je prends le premier ensemble de questions Pensez-Âvous enseigner l’oral ? Quelles difficultĂ©s rencontrez?vous ? Rencontrez-vous des rĂ©sistances ? Vous heurtez?vous Ă la passivitĂ© des Ă©lèves ?… ImmĂ©diatement, j’ai envie de demander Enseigner l’oral ? Mais quel oral ? II y a un implicite comme dans tout discours oral ou mĂŞme Ă©crit. Il y a un ensemble de prĂ©supposĂ©s que chacun apporte en posant cette question. Étant donnĂ© que les structures mentales sont des structures sociales intĂ©riorisĂ©es, on a toutes chances d’introduire, dans l’opposition entre l’écrit et l’oral, une opposition tout Ă fait classique entre le distinguĂ© et le vulgaire, le savant et le populaire, en sorte que l’oral a de fortes chances d’être assorti de toute une aura populiste. Enseigner l’oral, ce serait ainsi enseigner ce lange qui s’enseigne dans la rue, ce qui dĂ©jĂ conduit Ă un paradoxe. Autrement dit, est?ce que la question de la nature mĂŞme de la langue enseignĂ©e ne fait pas question ? Ou alors, est?ce que cet oral qu’on veut enseigner n’est pas tout simplement quelque chose qui s’enseigne dĂ©jĂ , et cela très inĂ©galeÂment, selon les institutions scolaires ? On sait par exemple que les diffĂ©rentes instances de l’enseignement supĂ©rieur enseignent très inĂ©galement l’oral. Les insÂtances qui prĂ©parent Ă la politique comme Sciences Po, l’ENA, enseignent beaucoup plus l’oral et lui accordent une importance beaucoup plus grande dans la notation que l’enseignement qui prĂ©pare soit Ă l’enseignement, soit Ă la technique. Par exemple, Ă Polytechnique, on fait des rĂ©sumĂ©s, Ă l’ENA, on fait ce que l’on appelle un grand oral» qui est tout Ă fait une conversation de salon, demandant un certain type de rapport su langage, un certain type de culture. Dire enseigner l’oral» sans plus, cela n’a rien de nouveau, cela se fait dĂ©jĂ beaucoup. Cet oral peut donc ĂŞtre l’oral de la conversation monÂdaine, ce peut ĂŞtre l’oral du colloque international, etc. Donc se demander enseigner l’oral ?», quel oral enseigner ?», cela ne suffit pas. Il faut se demander aussi qui va dĂ©finir quel oral enseigner. Une des lois de la socio?linguistique est que le langage employĂ© dans une situation particulière dĂ©pend non seulement, comme le croit la linguistique interne, de la compĂ©tence du locuteur au sens chomskyen du terme, mais aussi de ce que j’appelle le marchĂ© linguistique. Le discours que nous produisons, selon le modèle que je propose, est une rĂ©sultante» de la compĂ©tence du locuteur et du marchĂ© sur lequel passe son discours; le discours dĂ©pend pour une part qu’il faudrait apprĂ©cier plus rigoureusement des conditions de rĂ©ception. Toute situation linguistique fonctionne donc comme un marchĂ© sur lequel le locuteur place ses produits et le produit qu’il produit pour ce marchĂ© dĂ©pend de l’anticiÂpation qu’il a des prix que vont recevoir ses produits. Sur le marchĂ© scolaire, que nous le voulions ou non, nous arrivons avec une anticipation des profits et des sancÂtions que nous recevrons. Un des grands mystères que la socio?linguistique doit rĂ©soudre, c’est cette espèce de sens de l’acceptabilitĂ©. Nous n’apprenons jamais le langage sans apprendre, en mĂŞme temps, les conditions d’acceptabilitĂ© de ce langage. C’est?Ă ?dire qu’apprendre un langage, c’est apprendre en mĂŞme temps que ce langage sera payant dans telle ou telle situation. Nous apprenons insĂ©parablement Ă parler et Ă Ă©valuer par anticipation le prix que recevra notre langage; sur le marchĂ© scolaire ?et en cela le marchĂ© scolaire offre une situation idĂ©ale Ă l’analyse? ce prix c’est la note, la note qui implique très souvent un prix matĂ©riel si vous n’avez pas une bonne note Ă votre rĂ©sumĂ© de concours de Polytechnique, vous serez administrateur Ă l’INSEE et vous gagnerez trois fois moins…. Donc, toute situation linguistique fonctionne comme un marchĂ© dans lequel quelque chose s’échange. Ces choses sont bien sĂ»r des mots, mais ces mots ne sont pas seulement faits pour ĂŞtre compris; le rapport de communication n’est pas un simple rapport de communication, c’est aussi un rapport Ă©conomique oĂą se joue la valeur de celui qui parle a?t?il bien ou mal parlĂ© ? Est?il brillant ou non ? Peut?on l’épouser ou non ? … Les Ă©lèves qui arrivent sur le marchĂ© scolaire ont une anticipation des chances de rĂ©compense ou des sanctions promises Ă tel ou tel type de langage. Autrement dit, la situation scolaire en tant que situation linguistique d’un type particulier exerce une formidable censure sur tous ceux qui anticipent en connaissance de cause les chances de profit et de perte qu’ils ont, Ă©tant donnĂ© la compĂ©Âtence linguistique dont ils disposent. Et le silence de certains n’est que de l’intĂ©rĂŞt bien compris. Un des problèmes qui est posĂ© par ce questionnaire est celui de savoir qui gouverne la situation linguistique scolaire. Est?ce que le professeur est maĂ®tre Ă bord ? Est?ce qu’il a vraiment l’initiative dans la dĂ©finition de l’acceptabilitĂ© ? Est?ce qu’il a la maĂ®trise des lois du marchĂ© ? Toutes les contradictions que vont rencontrer les gens qui s’embarquent dans l’expĂ©rience de l’enseignement de l’oral dĂ©coulent de la proposition suivante la libertĂ© du professeur, s’agissant de dĂ©finir les lois du marchĂ© spĂ©ciÂfique de sa classe, est limitĂ©e, parce qu’il ne crĂ©era jamais qu’un empire dans un empire», un sous?espace dans lequel les lois du marchĂ© dominant sont suspendues. Avant d’aller plus loin, il faut rappeler le caractère très particulier du marchĂ© scolaire il est dominĂ© par les exiÂgences impĂ©ratives du professeur de français qui est lĂ©gitimĂ© Ă enseigner ce qui ne devrait pas s’enseigner si tout le monde avait des chances Ă©gales d’avoir cette capaÂcitĂ© et qui a le droit de correction su double sens du terme la correction linguistique le langage châtié» est le produit de la correction. Le professeur est une sorte de juge pour enfants en matière linguistique il a droit de correction et de sanction sur le langage de ses Ă©lèves. Imaginons, par exemple, un professeur populiste qui refuse ce droit de correction et qui dit Qui veut la parole la prenne; le plus beau des langages, c’est le lanÂgage des faubourgs». En fait, ce professeur, quelles que soient ses intentions, reste dans un espace qui n’obĂ©it pas normalement Ă cette logique, parce qu’il y a de fortes chances qu’à cĂ´tĂ© il y ait un professeur qui exige la rigueur, la correction, l’orthographe… Mais supposons mĂŞme que tout un Ă©tablissement scolaire soit transÂformĂ©, les anticipations des chances que les Ă©lèves apportent sur le marchĂ© les entraĂ®neront Ă exercer une censure anticipĂ©e, et il faudra un temps considĂ©rable pour qu’ils abdiquent leur correction et leur hyperÂcorrection qui apparaissent dans toutes les situations linguistiquement, c’est?Ă ?dire socialement, dissymĂ©Âtriques et en particulier dans la situation d’enquĂŞte. Tout le travail de Labov n’a Ă©tĂ© possible qu’au prix d’une foule de ruses visant Ă dĂ©truire l’artefact linguistique que produit le seul fait de la mise en relation d’un compĂ©Âtent» et d’un incompĂ©tent», d’un locuteur autorisĂ© avec un locuteur qui ne se sent pas autorisĂ©; de mĂŞme, tout le travail que nous avons fait en matière de culture, a consistĂ© Ă essayer de surmonter l’effet d’imposition de lĂ©gitimitĂ© que rĂ©alise le fait seul de poser des questions sur la culture. Poser des questions sur la culture dans une situation d’enquĂŞte qui ressemble Ă une situation scolaire Ă des gens qui ne se pensent pas cultivĂ©s, exclut de leur discours ce qui les intĂ©resse vraiment; ils cherchent alors tout ce qui peut ressembler Ă de la culture; ainsi quand on demande Aimez?vous la musique ?», on n’entend jamais J’aime Dalida» mais on entend J’aime les valses de Strauss», parce que c’est, dans la compĂ©tence populaire, ce qui ressemble le plus Ă l’idĂ©e qu’on se fait de ce qu’aiment les bourgeois. Dans toutes les circonstances rĂ©volutionnaires, les popuÂlistes se sont toujours heurtĂ©s Ă cette sorte de revanche des lois du marchĂ© qui semblent ne jamais s’affirmer autant que quand on pense les transgresser. Pour revenir Ă ce qui Ă©tait le point de dĂ©part de cette digression Qui dĂ©finit l’acceptabilitĂ© ? » [Bourdieu, Extrait de Ce que parler veut dire,]
Matthieu 3-10 Déjà la hache est prête à attaquer les arbres à la racine tout arbre donc qui ne produit pas de beau fruit est coupé et jeté au feu. Toute la bible nous parle de champ, de jardins, de semence, de graine, d'arbres qui portent soient des mauvais ou des bons fruits pour imager nos vies. Notre vie à chacun d'entre nous a commencé par une graine ou une semence plantée dans un terrain favorable, au moment favorable. Toute vie animale ou végétale a débuté de cette manière. Telle est la volonté de Dieu. Dieu est un semeur ou le semeur par excellence. Il est le modèle du semeur infatigable. Sa semence est pure et dotée d'un pouvoir germinatif excellent. Sa semence rencontre des obstacles. Car Dieu a un ennemi qui sème aussi sa propre semence, selon sa nature. Elle est une contrefaçon qui cherche à faire disparaître la semence de Dieu. Marc 4 - 14 le semeur sème la parole. Qui est le semeur ? Jésus bien sur, et chacun d'entre nous qui appartenons à Christ. Nous sommes en même temps son champ où sont jardins et nous sommes ouvriers avec lui 1 Corinthiens 3 -9 Car nous sommes ouvriers avec Dieu. Vous êtes le champ de Dieu, l’édifice de Dieu. Cantiques des cantiques 4- 16b Que mon bien aimé entre dans son jardin. J’entre dans mon jardin, ma sœur, ma bien fiancée. Jésus nous dit qu'il existe quatre sortes de terrain, c'est-à -dire de personnes ou de cœurs, ou quatre manières ou attitudes pour accueillir la parole Dieu Marc 4 - 4 à 9 Comme il semait, une partie de la semence tomba le long du chemin les oiseaux vinrent, et la mangèrent. Une autre partie tomba dans un endroit pierreux, où elle n’avait pas beaucoup de terre ; elle leva aussitôt, parce qu’elle ne trouva pas un sol profond ; mais, quand le soleil parut, elle fut brûlée et sécha, faute de racines. Une autre partie tomba parmi les épines les épines montèrent, et l’étouffèrent, et elle ne donna point de fruit. Une autre partie tomba dans la bonne terre elle donna du fruit qui montait et croissait, et elle rapporta trente, soixante, et cent pour un. Puis il dit Que celui qui a des oreilles pour entendre entende. Pourquoi Jésus dit-il que celui qui a des oreilles pour entendre entende ? Matthieu 13 - 19 Lorsqu’un homme écoute la parole du royaume et ne la comprend pas, le malin vient et enlève ce qui a été semé dans son coeur cet homme est celui qui a reçu la semence le long du chemin. Apocalypse 1-3 Heureux celui qui lit et ceux qui entendent les paroles de la prophétie, et qui gardent les choses qui y sont écrites ! Car le temps est proche. Qu'est-ce qui distingue le quatrième terrain des trois autres ? Marc 4 - 20 D’autres reçoivent la semence dans la bonne terre ; ce sont ceux qui entendent la parole, la reçoivent, et portent du fruit, trente, soixante, et cent pour un. Luc 8 - 15 Ce qui est tombé dans la bonne terre, ce sont ceux qui, ayant entendu la parole avec un coeur honnête et bon, la retiennent, et portent du fruit avec persévérance. Ce qui distingue réellement et permet d'identifier le quatrième terrain des trois premiers c'est sa profondeur. Il a été labouré, c’est à dire travaillé en profondeur, toutes ses mauvaises racines, toutes les pierres ont été arrachées, extraites. Cela signifie que tout le passé ancestral de cette personne, de ce coeur, a été mis ou amener à la lumière de christ par la repentance et la délivrance. Cette personne s'est repentie du péché de ses ancêtres, elle a renoncé à cet héritage, et reçu la délivrance. Cette personne n'est plus soumise à la loi du péché ou à la puissance du péché de ses ancêtres. Sa chair est crucifiée. La puissance du péché n'a plus d'emprise ou de domination sur sa vie. Certes il lui arrive encore de péché, mais de moins en moins. Et quand cela lui arrive elle sait que Dieu est fidèle pour pardonner et purifier de tout péché. Cette personne connaît son avocat Jésus. Comme Paul elle peut dire selon Galates 2- 20 J’ai été crucifié avec Christ ; et si je vis, ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi ; si je vis maintenant dans la chair, je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui–même pour moi. 1 Jean 3- 6 Quiconque demeure en lui ne pratique pas le péché. 1 Pierre 1-13 et 18 Christ aussi a souffert une fois pour les péchés, lui juste pour des injustes, afin de nous amener à Dieu ; il a été mis à mort quant à la chair, et rendu vivant quant à l’Esprit, Les trois autres terrains sont des terrains durs, pierreux, ou croissent les épines signe de malédiction ce sont des terrains où la repentance des péchés des ancêtres n'a pas été pratiquées ou insuffisamment. Le poids du péché des ancêtres, de chacune de nos lignées familiales plombe la terre de nos cœurs, et l’a rend imperméable à la vie de Dieu, c'est-à -dire à la bonne nouvelle de l'évangile, à la vie du royaume de Dieu. Plomber ou plombage signifie opération qui consiste à garnir de plomb, ou action de sceller avec un sceau de plomb, cette action consiste à rendre imperméable ou impénétrable. Pensons à l’amalgame qui bouche le trou d’une dent. Il en est de même pour le péché de nos ancêtres. Cela est vrai en partie car ces péchés vont continuer à produire des fruits sans nos vies. Le terrain des cœurs de ces personnes reste superficiel et sans profondeur. Dans ces cœurs la parole de Dieu n'est pas reçue avec douceur. Les œuvres de la chair ont encore des racines qui produisent des fruits selon leur nature et étouffent la semence de Dieu, c'est-à -dire sa parole. Nous avons entendu bien des fois la liste des œuvres de la chair, selon Galates 5 - 18 à 21 En effet, un comportement inspiré par l’être instinctif est facile à reconnaître ; on sait bien de quoi est capable l’homme livré à ses penchants naturels ; ce sont d’abord les pensées impures, la sensualité, l’immoralité, l’indécence, le libertinage, l’adultère, la débauche. C’est ensuite l’adoration de faux dieux, les superstitions, l’occultisme, la sorcellerie et la magie. Puis ce sont les inimitiés, les discordes et les querelles, la jalousie, le mauvais caractère, les accès de colère, les intrigues, les cabales, les rixes, les rivalités inspirées par des ambitions égoïstes et aboutissant à des dissensions et des scissions dans l’Eglise. C’est l’esprit de parti, le sentiment d’être seul dans la vérité, ce sont les fausses doctrines et leur cortège de divisions. C’est la haine, l’envie, l’ivrognerie, la gloutonnerie, les beuveries, les ripailles et autres excès de ce genre. Je ne puis que répéter ce que j’ai déclaré jadis à ce sujet celui qui commet de telles actions n’a aucune part à l’héritage du Royaume de Dieu. Cette liste nous la rappelons encore aujourd'hui, parce qu'elle existe, en partie dans beaucoup de vie. Une lutte ou une domination de ses œuvres qui resurgissent dans des situations propices. Tant que nous ne nous sommes pas repentis, des œuvres de la chair de nos ancêtres, de notre lignée familiale, elles ont de l’emprise et de la domination sur nos vies. Même si nous devenons une nouvelle création. Nous en avons déjà parlé avec eux DSK, ces œuvres resurgissent et nous rattrapent. Maintenant écoutons le témoignage de Patrick poivre d'Arvor publiée sur Internet Patrick Poivre d'Arvor Actuellement aux commandes de La Traversée du Miroir sur France 5, il revient à l'antenne sur France 3 en prime-time, et pourtant, il ne parvient pas à palper le bonheur que sa situation professionnelle lui offre. Il est triste, lugubre. En proie à une mélancolie depuis sa plus tendre enfance, PPDA se confie sur cette tendance dans son dernier livre, une tendance suicidaire qu'il explique comme un héritage familial. L'expression des sentiments est sortie le 3 novembre chez Stock, un ouvrage consacré à sa mère. Madeleine-France est morte le 16 juillet dernier à l'âge de 86 ans. Patrick Poivre d'Arvor, dévasté par le chagrin, y exprime son désir régulier d'en finir. Une pulsion contre laquelle il lutterait en fait depuis toujours. Au micro de RMC, il tenait ces propos "Quand vous souffrez trop, vous avez envie de disparaître, que ça s'arrête..." Dans sa famille, outre sa fille Solenne, qui s'est suicidée en 1995, de nombreux autres cas de mort par choix sont à compter, malheureusement. Certains de ses aïeux, oncles, cousins, neveux... Ainsi, PPDA écrit "Je me sens proche de tous ces petits frères ou petites sœurs de souffrance. Parfois j'aimerais les rejoindre, au paradis des vies brisées. ... Et puis je me retiens au bord du gouffre parce que je pense à la peine des rares êtres qui tiennent à moi." 2 Corinthiens 4 - 2 Nous rejetons les choses honteuses qui se font en secret, nous n’avons point une conduite astucieuse, et nous n’altérons point la parole de Dieu. Mais en publiant la vérité, nous nous recommandons à toute conscience d’homme devant Dieu. Il existe un deuxième héritage ancestral qui s'attache à nos vies ce sont des péchés attachés à notre culture, à la culture de notre pays, ou à la culture de notre tribu etc. car Satan a mis en place des esprits territoriaux qui influencent les personnes qui sont sous leur domination. Nous avons à nous repentir également des péchés ou des pratiques des assemblées que nous avons fréquentées ainsi que des mauvais enseignements sur lesquelles sont posées nos fondations. Dieu a un ennemi qui sème également sa semence dans le champ de Dieu. Sa semence a pour but d'étouffer, faire douter, tendre la parole de Dieu, rendre incrédule, rebelle, nous souille et tente de nous faire croire que Dieu est menteur. La semence de l'adversaire de Dieu est toujours présentée avec un emballage séduisant qui se nomme bien sur la séduction afin de nous entraîner dans la convoitise, l’envie, éveil le désir des sens, c'est-à -dire de la chair corrompue par le péché Marc 4 - 19 mais en qui les soucis du siècle, la séduction des richesses et l’invasion des autres convoitises, étouffent la parole, et la rendent infructueuse. 1 Jean 2 - 16 et 17 car tout ce qui est dans le monde, la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et l’orgueil de la vie, ne vient point du Père, mais vient du monde. Et le monde passe, et sa convoitise aussi ; mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement. 1 Jean 3 –7 et 8 Petits enfants, que personne ne vous séduise. Celui qui pratique la justice est juste, comme lui–même est juste. 8 Celui qui pratique le péché est du diable, car le diable pèche dès le commencement. Le Fils de Dieu a paru afin de détruire les œuvres du diable. 1 Timothée 4 -1 Mais l’Esprit dit expressément que, dans les derniers temps, quelques–uns abandonneront la foi, pour s’attacher à des esprits séducteurs et à des doctrines de démons, 2 Jean 7 Car plusieurs séducteurs sont entrés dans le monde, et ne déclarent pas publiquement que Jésus–Christ est venu en chair. Celui qui est tel, c’est le séducteur et l’Antéchrist. Genèse 3-13 Et l’Eternel Dieu dit à la femme Pourquoi as tu fais cela ? La femme répondit Le serpent m’a séduite, et j’en ai mangé. Esaie 47- 10 Tu avais confiance dans ta méchanceté, Tu disais Personne ne me voit ! Ta sagesse et ta science t’ont séduite. Et tu disais en ton cœur Moi, et rien que moi ! Séducteur celui qui corrompt, imposteur, trompeur qui amène à l'erreur. Séduction artifice, égarement, être égaré, dans l'égarement, qui amène à s'égarer hors du droit chemin, erreur qui se montre dans l'action, le choix, les motivations, met en éveil les sens, les sentiments, les émotions, fait perdre le bon sens, viol la conscience. La séduction du péché endurci Hébreux 3- 13 Mais exhortez vous les uns les autres chaque jour, aussi longtemps qu’on peut dire Aujourd’hui ! Afin qu’aucun de vous ne s’endurcisse par la séduction du péché. Ephésiens 4 - 14 ainsi, nous ne serons plus des enfants, flottants et emportés à tout vent de doctrine, par la tromperie des hommes, par leur ruse dans les moyens de séduction, 15 mais en professant la vérité dans l’amour, nous croîtrons à tous égards en celui qui est le chef, Christ. Être séduite être dans l'illusion, se jouer de ou être le jouet de... Être entre les mains ou la manipulation d'un homme, d'une femme, de la convoitise de la chair, surprendre, s'éloigner de Dieu, peut mener à l'apostasie, conduire au loin d'une manière séduisante. Convoitise éprouver un désir ardent, désiré avec ardeur... Soit nous pouvons être le convoiteur où désirer être convoité, éprouvés de la joie à être convoité. La convoitise mobilise le siège des émotions et des passions, elle rend esclave. Un convoiteur nous pouvons dire que c'est un homme vorace. Ecoutons la fable du corbeau et du renard de Jean de la Fontaine. Nous découvrons que derrière toutes séductions il y a de la ruse, de la manipulation, des paroles de tromperies, de flatteries, pour obtenir ou subtiliser quelque chose à une ou des personnes Maître corbeau, sur un arbre perché, Tenait en son bec un fromage. Maître renard par l'odeur alléché , Lui tint à peu près ce langage Et bonjour Monsieur du Corbeau. Que vous êtes joli! Que vous me semblez beau! Sans mentir, si votre ramage. Se rapporte à votre plumage, Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois» A ces mots le corbeau ne se sent pas de joie; Et pour montrer sa belle voix, Il ouvre un large bec laisse tomber sa proie. Le renard s'en saisit et dit "Mon bon Monsieur, Apprenez que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute Cette leçon vaut bien un fromage sans doute." Le corbeau honteux et confus . Jura mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus. J'ai assisté à une prise de possession ce passage est tiré du livre. J’ai vu le royaume des démons. Dont l’auteur est Howard Pitman. Diffusion Impact de la foi. Chemin neuf. 32140 Masseube Franchissant le mur dimensionnel, nous nous trouvâmes dans une autre salle du même hôpital où reposait mon corps. Ce n'était pas une chambre de malades mais un local réservé au personnel. Il y avait là deux personnes un jeune homme et une jeune femme. Mais nous nous sommes approchés jusqu'à moins d'1 mètre d’eux, de sorte que nous aurions pu les toucher. Je pouvais entendre toutes leurs paroles mais ils ne pouvaient ni me voir, ni m'entendre, ni sentir la présence des anges. Ils étaient loin de penser que nous étions la. Et ils se croyaient tout à fait seuls. Je ne pouvais pas l'avertir Entre les deux se tenait la plus répugnante des créatures. Mais ils n’en n'avaient nullement conscience. Cela ressemblait à une énorme grenouille verte, enflée et difforme. L'homme et la femme bavardaient et riaient comme s'ils venaient d’échanger une plaisanterie. Le démon, lui, se trouvait entre les deux et se déplaçait en direction du visage de l'homme. Son mouvement était précis, calculé, semblable à celui d'un chat qui guette un oiseau. L'homme ne le voyait pas et ne se doutait pas de ce qui allait se produire. J'étais tout proche mais sans pouvoir l'avertir, incapable qu'il était de m'entendre. La communication était impossible parce que moi, j'étais purement esprit. Le démon, ayant atteint la hauteur du visage, telle une bouffée de fumée disparue au travers de la figure de cet homme, comme s'il était entré dans le pore de sa peau. L’ange me dit voilà , c'est fait, il est pris » comme je m’éloignais les anges parlèrent de la volonté souveraine de cet homme de, et de la manière don le démon s'était fait passer pour beau, attrayant et désirable, tel était son champ de compétence. L'ange m'expliqua que cet individu, par sa propre volonté avait explicitement donné accès à cette chose qui semblait si séduisante. Mais moi, je l'avais vue telle qu'elle était, indiciblement laide et répugnante. Combien, Oh ! Combien de temps encore les humains refuseront-ils de croire ? Si seulement ils voulaient se rendre compte de la véracité de la Bible ! Combien sont subtiles et trompeuses les ruses de notre adversaire, le diable ! Compagnon invisible. Ce spectacle ressemblait à une chasse, mais pas celle de l'homme face à l'animal. Ici, l'individu était bien situé comme cible. Chaque victime avait été habilement étudiée et chaque faiblesse cataloguée avec précision. Les tentateurs, pour chaque point faible des victimes ont reçu leur tâche. Ils suivent la victime, guettant l'instant où elle sera le plus vulnérable et mettra le pied dans le piège préparé. Ils attendent qu’elle soit dans une position de faiblesse, réceptive à la tentation et, alors, il lui saute dessus. La victime n'est jamais laissée seule, car le démon, une fois sa tâche assignée, ne quitte plus l'individu choisi comme cible. Peu importe où arrive la personne, elle a toujours un compagnon de voyage. Dans bien des cas, c'est toute une armée. Oh ! Homme de chair si seulement tu pouvais voir qui fait route avec toi !
celui qui aime a déjà franchi la mort paroles